Norvège à moto. Le cap Nord en solo et en side

Par Eddy Lachouque de Foissiat (01, Ain)

Fort de mes différentes expériences à moto et attiré par le cap Nord et ses aurores boréales, je décide de m’y rendre en side-car. Ce voyage hors du commun aura un but caritatif et plus particulièrement en faveur des enfants en difficultés familiales. Beaucoup de copains et plusieurs enseignes du coin me soutiennent (financièrement et en équipements).
Après avoir préparé le side (prêté par le coordinateur de la FFMC01) spécialement pour le périple et rassemblé tout le matériel nécessaire, je décide de me lancer fin février.

photo gauche

Le side-car

GSX1100 G de 1992 Panier GX Racer
Modifs :
• Augmentation du pincement.
• Mise en place d’un système pour durcir ou assouplir la direction.
• Couplage d’un second frein sur la roue du side avec la roue arrière de la moto et remplacement du maître cylindre d’origine de 12,5 cm par un 19 mm puis rajout d’un limiteur de frein à réglage manuel.
• Fabrication d’un second faisceau électrique indépendant pour le branchement des éléments chauffants en particulier la tenue complète chauffante Gerbing (chaussettes, pantalon, veste et gants) et de multiples prises GPS etc.
• Installation d’une batterie de secours dans le coffre du panier, branchée sur une prise allume-cigare pour qu’elle conserve sa charge.
• Manchons chauffants sur le guidon.
• Pneus neige avant de la moto et panier Hankook, ce sera un Dunlop pour l’arrière de la moto. Des clous spéciaux y seront vissés en cours de route.
• Installation d’un cerclage en acier autour du panier pour le protéger puis installation d’un second phare sur le côté du panier pour éclairer l’accotement.
• Huile moteur la plus fluide possible et bien sûr révision d’usage avant le départ. À noter que par températures extrêmement basses, j’ai appauvri la richesse ¼ de tours pour que le moteur conserve une bonne température de fonctionnement.
• Des cales pour le side dont une cloutée et une caisse à outils bien garnie.

Équipement

En plus d’une tenue conventionnelle d’hiver,1 veste chauffante Gerbing, gants chauffants Gerbing, chaussettes chauffantes Gerbing, pantalon chauffant Gerbing. Le must !
Tenue de pluie 100 % étanche
Bottes de haute montagne -40
Duvet -10 + 1 duvet -40
Réchaud à gaz et 2 réchauds à alcool fabrication maison
Tente 2 secondes Décathlon
Pelle américaine
Réserve de 6 litres de carburant

Le saviez-vous ?
La Norvège est située au nord du Danemark et à l'ouest de la Suède.
Géographie. C'est un pays peu peuplé : 1 habitant au km2 (pour 14 habs/km2 en France). Les paysages donnent une beauté brute, entre glaciers et fjords. Février est le mois le plus froid avec des températures moyennes entre 0° et -6° mais des records de -24°C.
Histoire. Les premiers Hommes, les Komsa, s'installent en 9000 av.J.-C. Ce sont les ancêtres des Sami, l'un des derniers peuples aborigènes du Grand Nord.
L'ère des Vikings débute en 793 et s'achève en 1066 avec la mort d'Harald III. S'ensuivent plusieurs guerres avant la première Constitution en 1814.
1913. En avance sur de nombreux pays européens, la Norvège accorde le droit de vote aux femmes.
1940. L'Allemagne nazi envahit le pays jusqu'en 1945.
1994. Les Norvégiens refusent l'adhésion à l'UE.
2011. Le pays est marqué par la tuerie d'Oslo : 77 personnes meurent sous les balles d'un terroriste d'extrême droite.
De nos jours. C'est une Monarchie Constitutionnelle, le roi Harald V (depuis 1991) ne joue qu'un rôle honorifique. Le gouvernement est composé du premier ministre et de l’équipe ministérielle, tous nommés par le roi.

1er jour, Bourg-en-Bresse / Mulhouse 

Le grand jour est arrivé. Je démarre de Bourg-en-Bresse (01) du local de la FFMC01 accompagné par une trentaine de copains sur le début du périple. J’enchaîne les villes : Macon (71), Mulhouse (68) avant de bivouaquer vers minuit dans un champ juste avant l’agglomération. Je m'aperçois malgré les essais effectués que ma vitesse maximum ne pourra être que de 110 car au-delà je devrais m'arrêter tous les 90 km pour le plein. Ça suce ces engins ! J'en déduis que rouler plus doucement me fera gagner du temps car je m’arrêterai moins souvent. Les modifications opérées sur le side sont géniales, en particulier le réglage du pincement. Parfois j'ai l'impression d'être sur des rails. Avec le poids des bagages je sens la roue du panier collée au sol. Je me sens en sécurité.
À noter : les copains m’ont dit « un side, ça passe partout ». Ben non, la suite me le dira… 

2e jour, Mulhouse / Hambourg 

J'ai prévu d’atteindre la Baltique le soir après 1000 bornes d'autoroute que je voudrais torcher vite fait car ça m’ennuie. Mais avant je dois passer prendre des bottes et un duvet moins 40 chez Montagnes Expédition qui a la gentillesse de me prêter le matos. Je galère, le magasin a déménagé depuis peu. Au bout de 2 heures de recherches, un quidam m'indique le trajet. Je récupère le matériel, discute, échange… Le gérant est un alpiniste aguerri qui a voyagé dans le monde entier. Je lui montre donc ma tente 2 secondes Sport 2000 et lui explique que je ne la trouve pas top. Et là il me donne une tente Décathlon ! Vraiment sympa ce type ! 

Vers midi, je prends l'autoroute pour une longue traversée. Le side guidonne : le problème est dû à sa largeur d'essieu qui est inférieure aux traces creusées par les camions sur la voie. Mais je roule tranquillement. Vers 19 h je subis la première chute de neige 200 km avant Hambourg. Je m'arrête, pose les rangers, enfile les bottes moins 40, la veste et gants chauffants Gerbing ainsi que la tenue de pluie. J'en profite pour essayer les manchons chauffants. Ceux-ci sont pratiques car ils permettent de sécher l'extérieur des gants. Finalement, je ne serai pas à la Baltique ce soir mais j'ai fait 850 bornes et en side, pour une première je suis fier de moi. Je me pose dans un champ juste avant Hambourg. Je prépare mon repas sur le réchaud et file dormir. Mes avant-bras sont tétanisés et je pense que le sport que j’ai pratiqué est un sacré plus ! 

3e jour, Hambourg / Göteborg 

Je sors de la tente et remarque que la barrière est fermée. Le propriétaire est passé mais ne m'a pas dérangé. Avec mon expérience, je me répète qu’il n’y a vraiment qu’en France que je suis emmerdé ! Il est l'heure de partir. Le side est sur un chemin de terre étroit. Comment faire demi-tour ? Le champ est détrempé par les chutes de neige récentes. Je me remémore ce que m'ont dit les copains : un side ça passe partout. Je prends un peu d’élan et entame mon demi-tour dans le champ et ce qui devait arriver arriva. Je suis bien planté ! Pas moyen de pousser ni de reculer. Cette troisième roue qui devait être un avantage, là elle m'emmerde. Je sors mes sangles, les attache bout à bout. Heureusement j'ai la longueur nécessaire pour atteindre la partie sèche du sentier. Je vais sur la route pour stopper la première voiture qui passe. C’est mon jour de chance. Le mec s'arrête et me dépanne. C’est super, je n'ai pris aucun retard.

Je prends la route pour atteindre le ferry à 13 h en direction du Danemark. L’Aventure commence, quel bonheur ! Je dîne à bord (c'est le grand luxe) avant d’aller admirer la mer depuis le pont. Je ne voudrais surtout pas louper la vision des terres danoises.

Je descends regarder mon niveau de carburant avant d’enquiller la route en direction de Copenhague. Les kilomètres défilent. Je devrais arriver à la limite du rouge à la prochaine station. La réserve fait 30 km. Le prochain pont me paraît extrêmement long. Je ne prends pas de risque et stationne pour sortir le bidon de 5 litres que j’ai en cas d’extrême urgence. Mais je ne comprends pas trop ce que j'ai fait : je devais prendre 2 ferrys ! Arrivé à Copenhague, je m'arrête dans un Mac Do pour donner des nouvelles sur la page Facebook du voyage. Je me sens léger, heureux. Ce voyage n’est que du bonheur.

Je repars en direction de la Suède en traversant le grand pont qui enjambe la mer. Il fait nuit, c'est dommage mais je peux contempler au loin les magnifiques lumières de la Suède. À la douane suédoise, les autorités vérifient que j'ai les pneus nécessaires et je leur montre mes clous à visser qui sont dans le coffre. Je suis bien, je décide de rouler, rouler... Il commence à faire tard. Le brouillard est maintenant de plus en plus dense. J'essaie ce phare latéral que j'ai fixé sur le panier mais la visibilité ne s’améliore pas. J’essuie ma visière régulièrement avec la raclette fixée sur les gants chauffants Gerbing. C’est trop génial ! La route brille. Je me demande ce qu’est ce truc sur ma visière quand j'essuie. De la glace ! Waouh c'est la première fois. C'est bizarre cette tenue chauffante qui désormais ne me quittera plus. Je ressens du chaud alors qu'il gèle. Habituellement à moto, le ressenti du corps correspond à ce que tu vois et là pas du tout. Je me dis qu’il faut faire gaffe et être plus vigilant. La chaleur ressentie pourrait me faire oublier que je roule sur le verglas surtout en journée. Il est 23 h et je suis près de Göteborg. Le brouillard est trop dense ; c'est dangereux. Je me pose à l'entrée d'un village, mange un cassoulet au réchaud et direction mon duvet !

4e jour, objectif Oslo 

Je suis quasi à la moitié du chemin jusqu'au cap. J’ai prévu de passer par la Norvège mais pourquoi pas la Suède ? Je sors la tête de la tente et découvre un magnifique paysage blanc de givre. Il est superbe ! Après un café vite avalé, je plie le campement. C’est un peu galère, la capote du panier est gelée, les fermetures aussi. Il est temps de reprendre la route pour arriver au Kristall Rally (47e hivernale norvégienne), à 300 km au nord d’Oslo le soir.
Il y a un grand soleil toute la journée et je suis impatient de quitter la 4 voies tout en me demandant comment ce sera après. Je quitte ce grand axe et là c'est génial ; je découvre la vraie Norvège, les petits villages, les jolies maisons en bois rouges ou blanches. Tout est recouvert d'une très grosse couche de neige mais je roule encore sur le goudron sauf par endroit. La circulation est très dense sur cette petite nationale. Je ne roule pas vite mais je profite.
Au fur et à mesure que je me dirige vers le grand nord, je commence à éveiller la curiosité des locaux. Dans les stations-services, les gens me posent des questions, me prennent en photo, c'est bizarre. 

Le soleil commence à bien descendre. Cette petite route sans marquage au sol est bien sinueuse et commence à glisser. Il me reste environ 200 bornes. Je m'arrête pour un ultime plein, fume une clope, dégivre la visière. Mais pas moyen de repartir, ça glisse ; les stations ne sont pas dégagées et je n'ai pas encore vissé mes clous.
Je ne le sais pas encore mais ce qui m'attend sera la pire portion de route que je ferai en Norvège. 50 km à 40 à l'heure entre les camions sur une route en travaux. Je roule visière ouverte, je ramasse toute la poussière, j’en ai plein les yeux. La route est peu large, très cabossée, j'ai du mal à voir les trous, il fait nuit. Ça secoue fort ! Et en side pas évident !
Cette portion achevée, je m'arrête boire un petit café. Je vérifie ma monture. Tout va bien, je continue. J'arrive à Tynset quand les choses sérieuses commencent : la ville n'est pas déneigée, le side patine dans les côtes. Je pense qu'il s'agit de chutes de neige récentes, que plus loin ça ira mieux mais je me trompe. Je vois les panneaux qui indiquent la ville de Roros à 50 bornes. Super je suis presque arrivé mais ce sont mes premiers tours de roue sur la neige et la glace et je me demande combien de temps je vais mettre pour abattre cette distance. J’ai atteint ma vitesse de croisière environ 50 à l'heure. Avec mes vêtements chauffants, j'ai l'impression qu'il fait doux, je me sens heureux et je fais fi du temps qui passe. Le side a un comportement très sain. 

Parenthèse au Kristall Rally
Arrivé à Roros, je trouve l'hôtel du Kristall Rally, je prends ma chambre et me précipite au resto pour casser la graine. Je passe la soirée avec un français venu en side également, de Lille je crois.
La neige, le verglas, le froid, les crevaisons et les galères sont présents sur une bonne partie du trajet…
J’arrive au cinquième jour de mon périple. Je déjeune tôt avec le Français. On rencontre les organisateurs, on papote mais je dois partir. Je fais mon sac, je visse les clous dans mes pneus avec une visseuse prêtée pour l’occasion. C'est nickel. J'avais observé les roues des locaux pour savoir comment les disposer. Je décide de ne pas clouter la roue du panier du side. J'ai peur qu’en cas de gros freinage ça me fasse dévier sur la droite. Il m’est difficile de partir surtout que les rencontres et les échanges se multiplient mais il faut y aller !

Ma tente sous la neige… 

Il neigeote sur le départ mais le soleil fait son apparition très vite. Je roule en direction de Haltdalen sur une route qui traverse les gorges de la Glomma. Elle est complètement enneigée mais je me régale avec le soleil, les paysages, les fortes pentes où le side tient bien le pavé. Sur ces départementales avec une autonomie essence limitée, il est parfois difficile de trouver du carburant. Il faut anticiper mais la beauté des paysages me fait oublier tous ces petits tracas.
Au fur et à mesure que l'après-midi se passe, la neige commence à tomber. Sur la visière du casque, elle accroche, c'est vraiment casse-cou. Je suis à Stroren quand je retrouve l’E6. La visière commence à geler des deux côtés. J’utilise mon chiffon rangé dans ma veste chauffante et je m'arrête régulièrement pour dégivrer.
Un ultime plein et je pose la tente sur la neige pour la première fois de mon voyage. Je suis à l'abri sous les arbres et j'ai trouvé une combine pour faire tenir les sardines de la tente dans la poudreuse. Je cuisine mon repas avec le réchaud à alcool fabriqué maison pour l'occasion. Il y a un épais tapis de neige. Je gare le side en pente pour avoir le bénéfice du poids et repartir plus facilement le lendemain matin. Je lui mets les cales à clous qu'un pote m’a fabriqué car il a tendance à glisser. Je sors le duvet de sa housse, il conserve sa forme, il est gelé ! Ça va être dur de s'enfiler dedans ! Je m'endors sans difficulté après avoir secoué le toit de la tente pour faire tomber la neige et soulager en poids.

6e jour, galères et solidarité 

Je me réveille avec le toit de la tente à 10 cm du nez, affaissée par la neige. Pour me brosser les dents je dois faire chauffer le dentifrice au bain-marie pour le décongeler. Je galère pour enlever les cales. Le side a glissé. Je démarre, le poids dans la descente m'aide à braver l'épaisseur de neige mais en bas je reste coincé. Je dois dégager la neige à la pelle sur quelques mètres pour regagner le goudron. Je roule en direction de Trondheim. Les kilomètres, pauses cigarettes, carburant et photos se succèdent mais j'entends un bruit bizarre. Le side part en crabe dans chaque courbe et sur chaque irrégularité de la glace. Je dois me rendre à l'évidence, j'ai crevé. Je découvre que le froid et le pliage du tuyau ont percé celui-ci. Je me retrouve sans rien pour regonfler. La prochaine station indiquée par le GPS est dans 5 km. Je décide d'y aller tout doucement avec des pu... de camions qui collent au c... du side qui roule en crabe. Arrivé à la station, je trouve le clou qui a provoqué cette crevaison. Je le visse plus profond pour l'isoler du contact avec la glace. Le produit que j'ai fait mettre dans le pneu pour pallier la crevaison doit être gelé. J'achète une bombe anti-crevaison, ça a l'air de tenir. Je repars sur la glace et sous la neige. Les manchons de mes gants chauffants sont gelés mais les gants sont chauds et confortables à l'intérieur.
Il fait nuit, je dois trouver un endroit pour poser ma tente. Je m'arrête moteur tournant pour alimenter mes équipements chauffants, consulte mon GPS et dégivre ma visière. L'idéal serait de camper à l'entrée d'une ville pour trouver des gens qui me dépanneraient en cas de souci. Au moment de repartir, batterie hors service. J'ai consommé trop de courant au ralenti. Je suis seul dans la nuit et le froid au bord de la route. J'ai une batterie de secours mais je me dis que j'ai peu de temps pour éviter les engelures aux mains. Le plus judicieux serait d'arrêter une voiture. Je compte sur la chance que j'ai toujours quand j'ai un pépin. J'ai bien fait, un fourgon arrive. Les câbles branchés, le moteur vrombit au premier coup de démarreur. Je décide de dormir à l'hôtel pour démarrer du bon pied le lendemain matin, charger la batterie. J’en ai vu un à 5 km, demi-tour et go ! Pas besoin de redégivrer la visière, elle restera ouverte. Il n’y a que 5 bornes (grave erreur !). Je suis surpris de ne pas trop ressentir le froid, juste quelques picotements sur le front. 

Sur le parking de l'hôtel, il y a des camions militaires partout. L'hôtel est complet à cause de la manœuvre militaire. Un gaillard que j'ai croisé a entendu la conversation. Il me conduit dans un bâtiment où se trouvent à l'étage une grande cuisine et un grand salon. Il me montre le canapé pour passer la nuit, me prépare à manger, c'est super cette aide ! C'est un motard admiratif. Ses potes arrivent et décident de me donner une vraie chambre avec douche, wifi, chauffage. C'est le luxe. La soirée se passe en discussions, échanges au milieu de cette solidarité motarde. Avant de me coucher, je regarde la carte. Je suis monté en 6 jours et il m'en reste 9. Les ennuis de la journée m'ont retardé et j'ai trainé un peu au Kristall Rally. Si je veux accélérer le rythme, je dois changer mon parcours et faire une croix sur les îles Lofoten.

Je décide de passer en Suède car là-bas les routes sont dégagées. Dans 50 km au nord, il y a une petite route pour bifurquer, je vais la prendre. Avant de me coucher, j’apprécie une bonne douche bien chaude. C'est là que je m'aperçois que les 5 km visière ouverte ont fait des dégâts. J'ai le front gonflé et une arcade rouge, une brûlure de froid. Je décide de ne pas la soigner malgré la pommade que j'ai prévue. En effet la pommade contient de l'eau et si je l'applique au contact du froid, l'eau va geler et accentuer la brûlure.

7e jour, fin du rêve, demi-tour 

Le soleil est présent pour plier bagage. Le copain est parti au boulot, je suis seul. Je file prendre un petit déjeuner à l'hôtel d'en face. Des gens super accueillants refusent que je règle mon repas. Il faut dire que depuis hier soir, je suis un peu l'attraction du village. Après avoir galéré à dégeler le commodo de la moto, je trouve un gars avec des câbles et une voiture pour démarrer la bécane. Le radiateur d'huile fume. Malgré les -30° de cette nuit, la moto tourne nickel. C’est reparti en direction de la Suède.
J'alterne entre soleil et chutes de neige. Au moment où j'arrive à la hauteur de la bifurcation de la Suède, je croise une voiture de curieux, j'en profite pour me renseigner sur l'état de la route. Je remarque que celle-ci est entièrement sous la neige, et il doit y avoir des congères d’1 m 50 de chaque côté. Ils m'expliquent que c'est comme ça sur 200 bornes. La prochaine station est à 140 km j'ai une autonomie de 200, j'ai fait 50, ça devrait être bon et j'ai une réserve de 6 litres dans le panier. Je m'engage sur la route. À 50-60 ça va mieux sur la poudreuse que sur la glace et il fait un beau soleil. C'est magnifique.
2 km plus loin, je croise un papy joggeur, il me confirme qu’il a fait -30 la nuit précédente. Si le vent se lève il va rabattre toute la neige sur la route et je serai coincé. Je continue quand même sur quelques kilomètres puis m'arrête prendre quelques photos. Je dois me rendre à l'évidence. Passer par la Suède n’est pas possible, par la Norvège c’est trop lent. Je dois faire demi-tour.
Le papy joggeur arrive à ma hauteur, on discute, on échange, il m'invite à boire le café. Je le monte en passager sur la moto et on file chez lui. Klaus me prépare un petit « quatre heures ». Son chalet est splendide et son accueil vraiment chaleureux. Vu ma déception de faire demi-tour, cette chaleur humaine me fait du bien et je me dis que je n'ai pas tout perdu, que ce n'est pas un échec. Il y a les rencontres avec les gens et ça aussi c'est l'aventure. J'ai roulé sur 400 km de glace que je dois refaire pour redescendre. Je dois prendre la décision de repartir de chez lui. La nuit tombe vite et les températures aussi. Je renfile mon équipement et je redescends chez le motard pour lui demander s’il accepterait de m’héberger une nuit de plus afin de planifier ma descente. Je voulais descendre par la Finlande mais ça va être compliqué à cause de l’impossibilité des routes suédoises. Je décide de redescendre par les fjords et la route de l'Atlantique. Le motard et ses copains acceptent sans difficultés de m'accueillir pour la nuit. Ils me préparent un bon repas et c'est fête et moto neige une grande partie de la nuit. Les balades en moto neige sont géniales avec la rencontre des rennes dans les forêts, les plaines. Cela restera un moment gravé dans ma mémoire à jamais.

8e jour, cool attitude 

J’ai dû lourdement insister pour payer mon petit déjeuner que le patron de l’hôtel voulait encore m’offrir. Je vais faire mes adieux à mes nouveaux copains autour d'un petit café. Je décide de me diriger vers la route de l'Atlantique puis la route des Aigles (qui relie Geiranger à Eidsdal). La descente commence doucement. En fin d'après-midi, je regagne le goudron. Je n'enlève pas les clous malgré les 2 crevaisons qu'ils provoquent chaque jour. Je prends le temps de rouler, bref c'est la cool attitude. 

9e jour, la magie des fjords 

Je décolle tôt car je prévois de camper juste au départ de la route de l'Atlantique le soir (près de Kristiansand) afin d'en profiter un max le lendemain.
À l'approche des fjords, je suis émerveillé. Les montagnes qui plongent dans l'océan très calme, les petits villages de pêcheurs et le coucher du soleil sont des visions quasi irréelles.

Je crève juste devant un marchand de pneus. Il ne prend pas la CB ni les euros, je n'ai plus de monnaie locale et le pire, c'est qu'il a des bombes anti-crevaison qu'il refuse de me vendre. Apres avoir beaucoup insisté, il accepte de troquer une bombe anti-crevaison contre un paquet de cigarettes.
Après une pause casse-croûte à Kristiansand, j'en profite pour visiter cette très charmante petite ville faite de béton et de jolies petites maisons en bois. C'est très calme, les températures sont douces. La paisibilité du lieu me donne envie d'aller planter ma tente dans un fjord au bord de l'océan. Tout en me rapprochant de la route de l'Atlantique, je cherche ce lieu de campement que j'imagine. C'est très dur en side de trouver. Il faut prévoir la place de manœuvrer et de faire un demi-tour en cas de voie sans issue.
J’arrive à un péage et je me trouve sur une petite île magnifique recouverte de très charmantes maisons, toutes illuminées devant lesquelles sont stationnées des voitures de luxe. Je dois être sur la "star island" locale. Il y a même une plateforme pétrolière assez impressionnante par sa taille posée au milieu de fjords. J’arrive finalement à trouver un îlot sur la route de l'Atlantique. L’océan m'entoure, les températures sont positives. C’est relaxation et bonheur total.

10e jour, sous la tempête ! 

Je me réveille au petit matin, entouré par l'océan. Sur la route de l'Atlantique, je décide de rebrousser chemin pour la revoir dans la clarté. Je traverse les îlots de pont en pont. Je prends le temps d'admirer les montagnes au loin puis je regagne le continent. Les températures sont clémentes, le side a maintenant complètement dégelé. Je prends la direction de la route de l'Aigle dans le fjord de Geiranger. Je roule sur de grands axes puis sur de petites routes encore gelées. Heureusement que j'ai gardé les clous. En début d'après-midi, je longe le fameux fjord où les immenses falaises tombent dans l’océan. De l'autre côté, j’aperçois le village de Geiranger. Attendant le ferry, quelques locaux présents m'informent que la route est fermée en prévision d'une tempête. C'est vraiment une grosse déception pour moi pour 2 raisons : je n'aurai peut-être pas l'occasion de la refaire et cela signifie la fin du road-trip. Maintenant, il faut penser au retour. 

Je reprends la route doucement en direction de la E6 en traversant les montagnes pour rejoindre Dombas de l'autre côté. Je consulte mon GPS comme souvent pour planifier mes ravitaillements en carburant. La route se trouve dans un couloir entre deux montagnes et les nuages sont très très bas. Au fur et à mesure que je monte, les conditions sont de plus en plus difficiles. Je comprends ce qui m'attend quand je vois les panneaux qui indiquent les chaînes obligatoires pour les camions. Je ne suis pas sûr de pouvoir atteindre la prochaine station, je décide d'utiliser mon jerrican de secours. Et c'est à ce moment que je m'aperçois que je suis de nouveau crevé à l'arrière. J'ai tout de même réussi à rejoindre la station de Bjorli limite à la tombée de la nuit. Je fais le plein et achète une énième bombe anti-crevaison. Il y a de la m... dans la valve ou de la glace ! La mousse ne pénètre pas dedans je débouche à coup de gonfleur. J'arrive tout de même à en mettre dans mon pneu, suffisamment, je l'espère. Puis c'est reparti en direction de Dombas, la destination finale pour cette journée.
Il fait nuit quand la tempête annoncée arrive. C'est la grosse grosse galère. Je prends d'énormes rafales latérales, le vent rabat la neige sur la route. J'en ai plein la visière. Les véhicules derrière moi m'éblouissent, ceux de devant aussi. Je ne sais même pas où je roule. J'essaie d'anticiper les rafales mais j'ai l'impression qu’elles m'arrachent la tête ! Je fais de gros écarts avec le side et je sais que ça ne pardonne pas ! J’ai les boules ! C'est un gros soulagement quand j'aperçois tout en bas les lumières d'une ville. Pourvu que ce soit Dombas mais il me reste encore 50 bornes à faire ! Et je n'imagine même pas m'arrêter maintenant pour trouver un endroit où camper. Je ne trouverai pas, la visibilité est trop réduite. Pas le choix il faut continuer. C'est vraiment un gros soulagement d’atteindre Dombas. Je me réfugie dans le premier hôtel que je trouve, je suis vanné. 

Le saviez-vous ?
La route de l'Atlantique relie les communes de Eide et Averøy en survolant la mer d'îlots en îlots, sur des ponts (8 au total) à la merci des vagues et du vent. Longue de plus de 8 km, elle est devenue une attraction touristique. 

11e jour, Oslo 

Il y a encore du vent, mais beaucoup moins. Je fais ma première halte à Lillehammer pour voir le toboggan des jeux olympiques. Le site des JO est vraiment impressionnant, le ski ne m'intéresse pas plus que ça mais je suis content de l'avoir vu. L'après-midi est déjà bien avancée quand je reprends la route. Après 2 crevaisons supplémentaires, j'arrive à Oslo vers 19 h. Les routes sont verglacées mais pas suffisamment pour que les clous pénètrent bien alors je fais gaffe. Je visite un peu la ville, c'est vraiment sympa surtout quand je circule sur les rails de tramway où les roues du side se calent et me font rouler en crabe. Le brouillard est givrant, c'est tellement verglacé que ça glisse tout seul ; c'est très amusant. Apres m'être restauré et avoir pris le temps de visiter, je campe à la sortie de la ville. 

12e jour, finis les clous 

Je sors de Norvège avec pour but Göteborg en Suède. À froid le side déconne un peu, il tourne sur 3 cylindres en dessous des 3000 tours, mais dès que le moteur est chaud, il revient sur 4 cylindres. Je vérifie un peu tout mais difficile de savoir si c'est un défaut de carburation ou un souci d'allumage dû à l'humidité sans approfondir. Il est midi sous le grand soleil quand je décide de m'arrêter pour enlever définitivement les clous. Le soir, je visite Göteborg. C'est une ville magnifique avec plein de beaux bâtiments. J'ai le temps, j'en profite. Puis je reprends la route pour trouver un endroit où dormir. Je suis très méfiant. Les températures oscillent entre le positif et le négatif, le sol est très boueux et je ne voudrais pas me retrouver coincé comme en Allemagne en montant. Ce sera la première fois que mon duvet n'est pas congelé en le sortant du panier.

13e et 14e jours, retour à la maison

Je quitte la Suède, traverse le Danemark puis redescends par l’Allemagne jusqu'en France. La neige et la pluie me suivront quasiment jusqu'à chez moi. Le side déconne de plus en plus. Il est temps de rentrer pour lui. Ce voyage avait un but caritatif, 800 € ont pu être reversés aux enfants en difficultés familiales. 

C'est la fin d'une aventure formidable, je suis fier de moi, même si je n'ai pas été jusqu'au bout. Il fallait tout de même oser le faire ! Je suis resté sur ma faim. Je pense le refaire cet hiver. Affaire à suivre…

Un grand merci pour leur soutien : les magasins d’usine Motoport, Gerbing, Zerider, Moto axe, Suzuki Bourg-en-Bresse, Speedy, les mutuelles d’assurance Viriat, Pizza Pasta, les boxeurs Burgiens, la FFMC0, le groupe de rock The Watts et tous les copains.

Une superbe aventure à retrouver dans le numéro 114 du JDM que vous pouvez acheter dans notre boutique en ligne.

signature cendrillon


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