Road-trip Harley sur la Route 66. Les USA d'Est en Ouest (première partie)

Par Marie et Ludovic Lefèbvre de St-Pierre-Quiberon (56, Morbihan)

9 700 km, 17 États, un nombre incalculable de rencontres, de galères, de moments de pur bonheur. Une aventure hors-normes qui vaut bien trois épisodes !
• Dans la première partie (JDM n° 109), nous faisons connaissance avec Marie et Ludovic, motards sur BMW R 1150 RT. Ils nous emmènent à travers, entre autres, la Pennsylvanie, le Kansas, le Colorado, en commençant par New-York. 17 jours de trips variés et détonnants.
• Dans la deuxième partie (JDM n°110), place aux grands espaces mythiques de l’Utah avec Monument Valley, mais aussi le Colorado, l’Arizona et le Nevada. Une semaine au coeur d’une nature puissante et extravagante, vous en prendrez plein les yeux.
• Enfin, la troisième et dernière partie (JDM n°111) nous plongera 5 jours dans l’univers impitoyable de Santa-Barbara, Malibu, San Francisco… La Californie, baby !
• Quant à la sacoche réservoir publiée dans le JDM n° 111 (toutes les infos pratiques), elle est à retrouver ici.

Road-trip Harley sur la Route 66 partie 1

Généalogiquement motard

Avec un arrière grand-père, un grand-père, un père et un oncle motards, il était difficile de ne pas avoir quelques gènes de motard.
En 1976, à 16 ans, je passe la “licence”, achète ma première moto, une 125 MZ. Durant deux années, elle m’emmènera en vacances à travers la France.
1978, le permis moto en poche, j’achète une vielle BMW R50/5.
1980, toujours fidèle à la marque, je fais l’acquisition d’une R90/S, un bijou !
1986, attiré par la nouveauté, je passe à la K100, plus fiable mais plus sage.
Avec ces motos, mes deux plus beaux voyages seront la Corse et l’Écosse.
S’en suivent, pour des questions de finances, quelques années sans moto, les choix sont parfois difficiles…
2013, ma compagne Marie m’offre la location d’une R 1200RT pour une journée. Le virus me reprend, quelques mois plus tard, nous faisons l’acquisition d’une R1150 RT.
Mes rêves motards inassouvis sont toujours là : le cap Nord, la Route 66, le Tourist Trophy et bien d’autres.

Naissance du projet

En 2015, lors d’une séance ciné, Marie et moi découvrons un film sur la Route 66 parcourue par un motard canadien. La graine est semée, elle va germer tranquillement.
En 2016, pour notre mariage, le cadeau de mariage est tout trouvé : une aide à notre projet de voyage “Route 66”. L’idée d’origine est de partir de Chicago et d’aller jusqu’à Los Angeles. Un mois, nous deux et une moto.
Et puis, le projet s’affine. L’occasion est trop belle, surtout trop rare : pourquoi ne pas partir de New-York, pourquoi ne pas faire un détour par les chutes du Niagara et traverser les USA ?
Bref, nous rallongeons sciemment le parcours en évitant d’avoir trop de contraintes ni trop de passages obligés. Nous voulons pouvoir adapter le voyage en fonction des aléas.
L’itinéraire se précise, il faut vite choisir la moto et acheter les billets d’avion.

La moto 

Première idée, passer la 1150 RT par avion ou par cargo. Trop long, trop risqué, trop cher, trop compliqué.
Deuxième idée, acheter une moto sur place et la revendre à l’arrivée. Trop aléatoire, tant pour l’état de la moto que pour les assurances et pour la revente.
Dernière idée, louer sur place. En comparant les prix, la solution la moins chère, et qui semble présenter les meilleures garanties, est de passer par un intermédiaire français (nous verrons que dans notre cas, c’est une erreur).
Il nous faut une moto fiable, sur laquelle il est possible de charger les affaires personnelles et l’équipement technique indispensable. Et aussi, une moto confortable pour la passagère (c’est toujours plus facile au guidon qu’appuyé au top-case).
Les Harley semblent bien adaptées (la suite nous montrera que non) et sont moins onéreuses à la location que les BMW. Et puis, les USA sur Harley, c’est quand même une expérience, cela se confirmera.
Entre septembre 2016 et juillet 2017, nous consacrons le temps qu’il faut pour les préparatifs divers tels que l’équipement personnel, le matériel, les hébergements et les réservations de visites.
Le constat est qu’il faut s’y prendre assez tôt. Certains sites comme Antelope Canyon ou le train pour Sylverston sont à réserver plusieurs mois à l’avance. 

1er jour, premiers pas aux USA 

Cette fois nous y sommes, le projet que nous concoctons depuis plus d’un an se concrétise.
Quelques péripéties à l'arrivée, mais tout va bien ! En effet, il n’est pas facile de rejoindre un logement Airbnb à l'autre bout de New-York et de tomber sur une porte close... Les hôtels étaient complets ou hors de prix mais on a fini par en trouver un vers 3 h 30 du mat’... Petite nuit mais grande pêche ! 

2e jour, New-York, New York ! 

New York City : frénétique, magnétique, vertigineuse… C’est la ville de tous les superlatifs !

109 Road trip Harley Route 66 part 1 1Journée dédiée aux lieux incontournables de cette mégapole. Chaque quartier a sa propre identité et possède ses lieux mythiques. Manhattan, le plus emblématique, avec Time Square, la gare Grand Central Station, le Rockefeller Center, le Metropolitan Museum of Art… Les quartiers ethniques comme China Town, Harlem…
Le quartier de la finance et ses buildings impressionnants, le pont de Brooklyn, “Ground Zero” dans le quartier de Lower Manhattan marquant l’emplacement des anciennes tours du World Trade Center. Ils sont tous extraordinaires, évidemment surdimensionnés. 

3e jour, ça commence mal… 

Mauvaise surprise chez le loueur de motos : il nous annonce que la Harley n'est pas là et qu'elle arrivera le samedi suivant. Évidemment, ça passe mal, d’autant que nous avons réservé la moto au mois de février en passant par un prestataire français (All Ways On Wheels), histoire d’être tranquilles et bien compris.
Échange de coups de téléphone avec la France, négociations et au final nous héritons d’une vieille Electra Glide aux freins médiocres, sans porte-bagages, qui perd de l’huile et guidonne généreusement aux freinages ! Pour fixer notre valise, nous bricolons une fixation de fortune. Résultat, plusieurs heures de retard sur l’heure de départ prévue de NY, dans une circulation bondée de fin d’après-midi. Mais ça y est, nous partons. 

Après plus de 2 heures de bouchons sur des axes routiers aux revêtements défoncés, nous sommes obligés de rouler de nuit pour rattraper une partie du retard. La circulation nocturne nous épuise (camions américains doublant à plus de 130 km/h, accident de voiture impressionnant, cervidés présents sur les voies). La nuit passée dans un hôtel des Appalaches est délicieuse…

4e jour, les Appalaches 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 2Nous avons le bonheur de poursuivre de jour la traversée des Appalaches, paysages sauvages de moyenne montagne.
Nous prenons la direction de la frontière canadienne en passant par la Road 20 qui relie la côte est à la côte ouest. Une route bordée de fermes américaines et de maisons en bois, "comme dans les films".
Et puis, c’est les chutes du Niagara ! Juste à la frontière entre les États-Unis et le Canada, cet ensemble de trois chutes d’eau est incontournable. Elle sont à la fois gigantesques par la dimension et décevantes par le décor, côté canadien. Elles sont en effet situées en plein ville. Mais elles restent ô combien impressionnantes ! 

Il y a encore de la route (300 km) pour arriver à notre hébergement dans l'Ohio. Nous arrivons à Perry à 22 h, juste avant un énorme orage. Accueil très chaleureux dans une maison splendide. Nous pouvons nous poser après ces 770 km parcourus dans la journée. C'est normalement l'étape la plus longue du voyage. 

Nous sommes agréablement surpris par la qualité d'accueil des Américains rencontrés depuis notre arrivée. Ils sont extrêmement serviables, chaleureux et disponibles. Toujours prêts à rendre service, prenant le temps… On demande notre route à une inconnue, elle nous y emmène en voiture alors que c'est à 30 min. Et ce n'est qu'un exemple. 

5e jour

Nous quittons Perry, sur les rives du lac Erié en passant par Cleaveland. Étape de liaison sur la Hightway 90, une des plus longues routes des USA. Des trucks encore et encore, ils transportent de tout !
Arrivés à Angola (Indiana), nous avons un peu la sensation de vivre un conte de fées.
L’Airbnb se trouve au bord d'un lac, dans une jolie maison en bois. Un couple âgé, charmant nous accueille. Le spa est à notre disposition sur la terrasse. Dans la nuit, les fireflies (lucioles) animent le décor de leur lumière. Le confort intérieur est à l'image du cadre environnant.
Réveil enchanteur avec tout ce qu'il faut : oiseaux, écureuils et un bon café (assez rare jusqu'à présent).
Demain, direction Chicago. Le changement va être brusque... 

6e jour, du Michigan à l’Illinois 

Ce matin, ciel gris, nous quittons avec quelques regrets le petit paradis Airbnb que Marie avait trouvé. Pour profiter encore un peu de cette région parsemée de lacs, nous optons pour un détour par le Michigan, tout proche.
Ambiance champêtre au programme. Nous croisons des Amish en calèche et découvrons de jolies fermes à taille humaine jalonnant les champs de maïs.
Les Américains sont vraiment chaleureux et serviables. Comme ils sont sensibles aux "road trip", les contacts sont faciles. Nous sommes fréquemment abordés lors de nos arrêts. 

Nous passons dans l'Illinois pour arriver à Chicago. La transition est nette. Circulation délirante, pire qu'à New-York. Les routes et autoroutes se croisent dans tous les sens. Imaginez des bouchons sur 14 voies (2x7) !
Entre les pick-up, les trucks et autres 4x4, notre grosse Harley semble bien petite, et nous aussi. Une certaine sensation de fragilité nous habite !
Demain, découverte de la ville et changement de moto. 

7e jour, Chicago

Passée notre première impression un peu négative de Chicago (liée à une transition brutale avec le Michigan), aujourd’hui nous investissons les lieux réputés que nous avions prévu de voir.
Mais pour commencer, nous procédons à l'échange de moto. Tout se passe bien, nous vous en parlerons demain.
Ensuite, il faut à nouveau affronter cette circulation délirante de la si large Highway 90.

Première visite, la Willis Tower. Quelques chiffres pour la décrire : 103 étages, 412 m de haut, 3 heures d'attente. En haut, tout est aménagé pour embrasser un paysage vertigineux fait de gratte-ciels, du lac Michigan et d'artères qui sillonnent ce damier impressionnant.
Ensuite, un petit tour pour admirer les effets d'optique du Cloud Gate et nous flânons sur les berges de la Chicago River tandis que le soleil couchant se réfléchit sur la surface brillante des buildings.
Finalement, Chicago est une ville merveilleuse qui n'a rien à envier à New-York.
Demain, la Route 66 nous attend !

8e jour, the Mother Road ! 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 3Nous partons rejoindre les portes de l’Ouest américain, sous un soleil généreux. Depuis que nous avons changé de moto, la conduite est un régal, malgré le poids total de l'équipage (environ 600 kg). La valise est bien fixée et nous n’avons plus d’acouphènes ! Eagle Rider se rattrape, la moto est neuve, c'est tout confort. Plus de vibrations, des selles moelleuses, musique avant et arrière et un freinage précis.
Nous arrivons dans la petite agglomération de Pontiac. En traversant le village, quelques voitures attirent notre regard. C’est en réalité un très important rassemblement de véhicules de tous âges et de tous styles, rutilants et équipés de moteurs puissants. L’ambiance est festive, pas de doute, nous sommes bien à Pontiac, un samedi d’été.
À Joliet, détour par le musée de la Route 66 et l’ancienne prison qui servit de décor au film Les Blues Brothers mais aussi pour la série Prison Break.
Soleil couchant sur le ruban vétuste de la Route 66, fireflys voletant sur les bas-côtés. Route rectiligne et déserte parallèle à la Highway bondée de camions.
Nous passons la nuit dans un motel de Springfield

9e jour 

Départ sous une chaleur étouffante. Objectif Saint Louis dans le Missouri. Trouver la Route 66, ou parfois ce qu'il en reste, tient du jeu de piste. Et comme l'Illinois est globalement un immense champ de maïs, nous avons vu du vert durant des heures ! 

Les vestiges de cette voie de migration sont peu mis en valeur et surtout ne sont que rarement entretenus. Certaines portions datent de 1926 et n'ont pas été retouchées. Ainsi nous avons roulé sur les fameux pavés de brique qui composent par endroit le revêtement d'origine. D'autres parties sont constituées d'un assemblage de plaques de béton entre lesquelles la végétation reprend ses droits. 

Les villages traversés par la Route 66 rappellent par moments les villes fantômes de l'Ouest.
Impression un peu émouvante d'un passé qui disparaît, faute de moyens.
Avant d'arriver à St Louis, un énorme orage nous rattrape. Ciel noir, éclairs, pluie, grêle. La totale ! Heureusement nous trouvons un abri momentané.

L’accalmie arrive, nous repartons. À quelques dizaines de kilomètres, une tornade s’élève aux dessus des champs, suffisamment loin pour que l’on ne se sente pas en danger.
La Route 66 joue les intermittentes, des tronçons très anciens datant de l’origine entrecoupent le tracé plus récent. 

St Louis

Nous passons le Mississippi. Incroyable ! Pour changer, un orage brutal nous impose de trouver un abri de fortune. Le pont qui enjambe le fleuve fera l’affaire. Nous sommes à deux pas de l’Arche, monument célèbre de la ville.
La nuit s’installe, les trains de marchandises passent, le fleuve s’écoule et nous attendons quelques heures avant de partir vers le motel le plus proche. Ici les hébergements sont hors de prix.

10e jour, Missouri, changement de décor ! 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 4Finis les champs de maïs et de petits pois à perte de vue, finies les plaines sans fin de l'Illinois, place au relief semi-montagneux du Missouri.
Dans ces sols calcaires, les cours d'eau ont creusé des vallées parfois encaissées et toujours verdoyantes.
La Route 66, délaissée pour une circulation plus efficace sur les Highways, conserve des traces fantomatiques pour ne pas dire misérables de sa grande époque.
Motels et restaurants abandonnés jalonnent la Route. Grosse frayeur quand dans une descente, la route s'est subitement transformée en chemin de gros gravier bien profond. Ça a duré 2 km pour se finir par une barrière. Demi-tour obligatoire et rebelote dans l'autre sens. 

Plus nous avançons, plus la chaleur ambiante augmente. De jolies petites rivières se fraient des chemins dans les prairies vallonnées. L’invitation à la baignade est telle que nous ne résistons pas ! Nous profitons, au détour d'un pont, d'un de ces paisibles cours d'eau claire.
Bain rafraîchissant sous la surveillance de trois aigles planant au-dessus de nous.
Tellement rafraîchissant que nous nous sommes trompés de route en repartant !
Traversée imprévue du Mark Twain Park (immense forêt) brièvement interrompue par une biche tranquillement arrêtée sur la chaussée. Ce soir, nous dormons à Springfield Missouri. L'ambiance dans l'équipage est excellente !

11e jour

Nous avons traversé le Missouri, petite incartade dans le Kansas et nous voilà dans l'Oklahoma. Cette fois la forêt et les vallons font place aux grandes étendues de prairie.
Ce sont de véritables ranchs, le Texas est proche.
Des troupeaux de bovins au pelage foncé paissent dans des parcs immenses bordés de longues barrières blanches.
Sous la chaleur de plomb de midi, les vaches se cachent à l'ombre des nombreux bosquets. Avec envie, nous les observons se baigner dans les grandes mares qui émaillent les prés.
Heureusement les cours d'eau ne sont pas rares et leur ombrage nous rafraîchit, un tout petit peu…
Et puis, nous déroulons cette Route 66 à laquelle les riverains sont très attachés. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour en transmettre l'histoire. Mais c’est un combat dérisoire et assez émouvant contre l'oubli, car il est mené sans aide et sans beaucoup de moyens.

Commerce, ambiance authentique 

L’ancienne station-service est un lieu incontournable. Il ne s’y vend plus que des glaces et des cafés mais dans cette minuscule boutique, l’ambiance Route 66 est totale et authentique. Il manque juste Bonnie and Clyde, qui écumaient le secteur à l’époque. 

Les degrés d'aujourd'hui nous ont bien fatigués sur cette étape de 450 km (pas loin de 40°C à l'ombre).
Depuis le début de notre périple, nous sommes sous le charme de ces Américains si prévenants, si attentifs et si chaleureux. Chaque jour qui passe nous confirme que nos clichés sur l'Amérique et les Américains sont à remettre en question !
Arrivés à Tulsa très tard ce soir… et bien fatigués. 

12e jour, Tulsa 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 5Ce mercredi, la matinée a été un peu difficile.
Départ de Tulsa sous une chaleur étouffante, malgré un réveil très matinal.
Nous imaginions une ville de taille moyenne, eh bien c'est raté. Agglomération énorme, sans charme et la Route 66 est difficile à trouver. Nous n’y trouvons même pas le fameux Golden Driller et ses 23 m de haut. Pas grave, il y a tellement à voir. 

À l'approche d'Oklahoma City, nous prenons la Highway pour contourner la ville.
Ensuite nous découvrons des paysages très industriels, la pétrochimie compose un décor assez sinistre, entre dépôts de pipelines, terminaux gaziers et pétroliers. Il faut bien faire avancer tous leurs véhicules....
La fin de parcours dans l'Oklahoma nous fait regretter les jours précédents.
À la mi-journée, nous avons avalé beaucoup de kilomètres, il fait plus de 40 à l'ombre, l'air est brûlant. C'est difficilement supportable et notre motivation en prend un coup. 

Et puis, ô surprise, nous passons la frontière du Texas et là, c'est l'émerveillement.
Des plaines, des ranchs, de l'Ouest plein les yeux !
Et pour finir en beauté cette longue journée, nous trouvons, par hasard à Amarillo, le plus texan des restaurants. Nous dormons dans le motel le plus proche.
Encore une journée extraordinaire. 

13e jour 

Direction Santa Rosa au Nouveau Mexique. Nous quittons le Texas par une route bordée de ranchs et de parcs à bovins impressionnants.
Encore une fois la chaleur nous assaille. Nous passons le cap de la mi-parcours, lieu symbolique.
La contrée est semi-désertique et totalement déserte. Cette région aride au possible, couverte d'arbustes et d'herbe rase n'est pas faite pour l'homme. Quelques maisons abandonnées, des villages assez misérables et de rares vaches composent le paysage. Avec un relief assez marqué, l'ensemble est lunaire, ou martien…
Sur la Route 66, les stations-service sont rares et proposent un carburant peu raffiné.
Nous ne prenons pas de risques et prenons la Highway. Un vent violent nous accompagne. Heureusement que la moto est lourde car ce satané vent change parfois brutalement de direction. Conduite difficile.
Finalement, entre l'option Highway et le décalage d'une heure au Nouveau Mexique, nous passons rapidement à Santa Rosa et rejoignons Santa Fe pour 2 nuits

14e jour, Santa Fe

Perchée à 2200 m d'altitude, cette ville ancienne nous rappelle l'Espagne et le Mexique.
La ville, très pittoresque, est par voie de conséquence, très touristique. Les boutiques d'artisanat indien affichent des devantures aux couleurs vives qui contrastent avec les murs en adobe des bâtiments traditionnels. C'est très beau, très animé mais trop commercial.
Cette ville dont la population est à 50 % hispanique, a la chance de posséder la plus vieille maison des États-Unis.

Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avions pas pris le temps de vous parler de la nourriture de cet immense pays dont les États sont très différents les uns des autres. Eh bien, nous pouvons affirmer qu'ils ont un point commun : la nourriture. Les restaurants sont très rares et très chers, par contre le fast-food est omniprésent ! Les composants dominants sont le sucre et la matière grasse. Si les supermarchés offrent du choix, les services de restauration se limitent souvent à cette nourriture de base, du petit-déjeuner au dîner.
L'impact sur le physique est flagrant… 

15e jour, Taos Pueblo 

109 Road trip Harley Route 66 part 1 6Petit détour de 200 km dans notre itinéraire pour aller visiter ce village logé sur un plateau désertique en altitude. Le site est classé patrimoine mondial par l'Unesco.
Nous empruntons une route de montagne idéale pour la moto. Enfin des virages !
Nous longeons le Rio Grande qui a creusé, sur le plateau, un profond canyon. C'est vertigineux !
Le village de Taos, tout en adobe, est peuplé d'Indiens qui vivent sans électricité et sans eau courante. C'est évidemment touristique. 

Nous repartons pour Albuquerque via Santa Fe pour rejoindre Aztec

La chaleur est encore une fois étouffante alors que nous empruntons quelques miles de Route 66. Les derniers, car les jours à venir vont se passer dans les parcs nationaux.
En quittant Albuquerque, nous rejoignons les hauteurs Nord-Est du Nouveau Mexique. D'immenses plateaux arides, ravinés par les pluies, érodés par les vents et entrecoupés de sortes d'oueds.
La région est hostile à toute forme de vie et pourtant, des vaches parcourent ces étendues.
Ayant rejoint ces plaines d'altitude, à plus de 2000 m, nous rencontrons une météo très instable. Vent violent, pluie et orage, de plus, la température a chuté brutalement.
Nous arrivons frigorifiés à Aztec.

Aztec 

Sous ce nom enjôleur se trouve en réalité une ville ouvrière qui vit de l'industrie pétrolière. Raffineries, puits de pétrole et forages gaziers (gaz de schiste probablement), forment le décor.
Heureusement, notre réservation Airbnb du soir est d'un grand confort, luxueux mais sans âme. Repos bien mérité ! 

16e jour 

Nous laissons derrière nous le Nouveau Mexique et entrons dans le Colorado. Direction Durango, nous avons réservé un aller-retour Silverton en train. La particularité de ce voyage en train est qu'il se fait sur la voie de chemin de fer qui transportait le minerai d'argent en 1880. Locomotive d'époque sur le tracé de l'époque. La ligne longe le San Juan, affluent qui coule en contrebas profondément encaissé. Très beau et très impressionnant.
Au bout des 4 heures de voyage dans un paysage montagnard agrémenté de passages de biches, d'écureuils et de lemmings, nous arrivons à Silverton.

Silverton

Cette ancienne ville minière vivait de l'extraction de l'argent. Le train en transportera l'équivalent de 300 millions de dollars durant son exploitation.
L’endroit, bien que très touristique, a gardé un aspect brut et sauvage. C'est vraiment la ville du far-west, avec route en terre battue et façades en bois peint.
À plus de 3000 m d'altitude, le village est dominé par des pentes parsemées de névés et de quelques remonte-pentes (évidemment à l’arrêt). Dépaysement total, encore une fois.
Au retour, nous rejoignons Cortez rapidement. Il est tard, un violent orage nous accompagne. Nous arrivons à la nuit, dans un motel miteux, après une journée hors du temps.

17e jour, le Parc National de Mesa Verde 

Tout proche de Cortez, ce petit massif montagneux, qui rompt le relief de plaine environnant, est une perle géologique.
La route monte en lacets jusqu'aux portes du site, deux biches nous attendent au bord du chemin ! Ensuite, un itinéraire serpente entre vallées et cols dans un paysage varié de garrigue et de forêt calcinée.
Et puis nous arrivons sur les sites historiques si renommés.
Au premier abord, nous sommes un peu déçus par une réalité trop proche des photos vues lors de la préparation de notre voyage. Et puis, le charme agit !
De vallons en canyons, nous découvrons des sites incroyables, des constructions Navajos dépassant l'imagination. Nous sommes exactement dans les BD de Giraud. Les lecteurs des "Aventures du Lieutenant Blueberry" comprendront.

Nous quittons l'État du Colorado pour passer dans celui de l'Utha. La région est très agricole, culture de haricots secs et élevage. Entre les champs bien arrosés, les sols sont arides.
Arrivés tôt au motel de Blanding, nous prenons le temps de faire un petit tour dans un coin de désert. Dans un lieu paisible, nous tombons sur des ruines indiennes qui s'intègrent parfaitement à ce panorama rocheux.
Et comme chaque soir depuis 4 jours, l'orage s'installe.
Demain, un autre univers nous attend…

La suite de ce reportage à retrouver :

Deuxième partie à découvrir,
Troisième partie à découvrir,
Sacoche réservoir complète.

 

signature cendrillon


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